"""Mon corps est une vaste entreprise de risques philosophiques"""

-Peut-être l'abstraction ultime-


Il est peut-être trop tard. On ne se mettra pas à l’opposé d’une pièce et l’on ne se rejoindra peut-être pas au centre à travers nos vortex entrecroisés. Je ne m’enroulerai pas dans un rouleau de PQ que tu me tiendras et je ne m’en déroulerai pas à mon tour, en suivant ton rythme  d’enroulement dedans, car il est peut-être trop tard… Je ne trouverai pas cet exquis mélange de saveurs autour d’un chocolat fondu et je ne le cuisinerai pas dans mon réchaud de camping, car l’alchimie est intenable en soi et en plus, il est peut-être trop tard. Je n’aurai pas ces sept verres pour y verser le breuvage à parts égales. Je ne distribuerai pas les trois premiers verres à l’audience. Et elle n’aura pas à attendre que le chocolat refroidisse avant de le boire car il est trop tard. Peut-être que dans une autre dimension je formerai autour de toi, avec les quatre verres restants, un carré parfait. Je prendrai de ma mallette à couteaux d’amour les deux plus grands couteaux  et je les déposerai face-à-face, sur la première diagonale du carré. Puis je ferai de même, sur la seconde diagonale avec deux autres couteaux d’amour. Tu te retrouveras, coincée dans le PQ, pointée à l’intersection de ces quarte couteaux, et dans cette perpendicularité il  sera trop tard : nous serons peut-être obligés de dévoiler à l’audience le message que nous lui portons. Sur de grandes affiches en papier que l’on salira avec l’excrément symbolique car il est trop tard. Je prendrai la première feuille et le premier verre de chocolat et je viendrai m’installer en face de toi. Et tu écriras que l’humain sera sur le premier papier. Et tu écriras un jour sur le deuxième. Et sur la troisième, le participe passé du verbe de la couleur de la feuille : donc blanchi. Et sur la dernière de toute sa merde. « L’humain sera un jour blanchi de toute sa merde » peut-être ! Puis je te reprendrai ces quatre papiers que je collerai sur les murs de façon à reformer le carré de verres. Et je reposerai chaque verre en dessous de chaque feuille écrite pour ainsi récupérer toute la parole qui nous dégouline d’en haut. De ces dieux dégueulasses, de ces gourous infâmes ou alors depuis d’autres forces occultes peut-être. En les annihilant, nous sommes peut-être en train de nous rapprocher de plus en plus de l’abstraction ultime. Il ne me reste plus qu’à extirper de mon corps le fil de mes pensées et de t’entourer avec.  Je déboutonne ma chemise juste au niveau du ventre et tire de mon nombril un fin fil de laine blanche. D’un geste lent et précis pour ne pas rompre le lien avec l’abstraction ultime. Des mètres et des mètres de laine s’entassent autour de moi et dans cette concentration un lointain souvenir me revient  A l’époque où j’étais une demi-portion et où il était très facile de me foutre sur le pédalier mécanique d’une machine à coudre ancienne. Comme dans une chaine de montage, prêt à produire à outrance.  J’étais peut-être dans cette situation, avant même que les américains le totemisent, le précurseur annonciateur de l’abstraction ultime du dumper social qui coute trois fois moins cher que le gaulois. En rigolant, je tanguais  à gauche et à droite mon cul insouciant faisant ainsi fonctionner toute la machinerie structurelle de mon tissu généalogique. De  la Mongolie jusqu’à ici et maintenant, nous deux, en tentative ultime d’accomplir l’abstraction. A travers les cent soixante dix-sept pieds standard de la digression je finis enfin d’effiler la laine de mon ventre. Ca y est ! J’ai enfin reconstitué la pelote de l’abstraction ultime. Je découpe une longueur et en me plaçant sur la diagonale du carré abstrait, j’attache une extrémité au couteau et glisse dans ma bouche l’autre bout. J’amorce ainsi un tour autour de la tour ultime ; et une fois la boucle bouclée, je sers le fil dans mes dents fais marche-arrière jusqu’à la feuille la plus proche pour y agrafer le fil et l’empreinte de la bouche.  Et je réitérerai cet acte trois fois pour que tu sois au final  ligotée des pieds par la toile des ancêtres, la pointe des couteaux menaçant tes orteils et tes talons et les fils connectés au blanchissement hypothétique du caca humain. Et ces fils branchés sur la diagonale nous révéleront d’autres abstractions improbables que nous n’aurions jamais rencontrées si nous ne passions pas l’ennui de nos jours à fouiller dans l’ultime avec nos corps transcendés. Et de (AxC + BxD) nous en tirerons que ce serait peut-être un jour de merde si l’humain venait à se blanchir. Plus d’esclave et donc plus de maitre dans un meilleur des mondes inondé de lait et de miel dans lequel nous collerions tous. Les nymphes nous passeraient sous le nez que nous ne pourrions même pas rattraper tellement la viscosité nous retiendrait. Tous les fruits seraient permis et il nous serait défendu  de ne pas en manger. C’est encore plus dégueulasse que la parole des dieux ci-dessus cette vie où Eve n’aurait plus aucun mythe à nous miroiter ; ne trouves-tu pas ? Tiens ! Effleure des tes lèvres le premier verre de potion pour te rendre compte à quel point la substance est piquante et crache-moi tout sur la gueule. Et fais chavirer avec ta langue le liquide du deuxième verre pour te rendre compte à quel point il est âpre et crache-moi tout sur la gueule. Et laisse arriver le troisième verre jusqu’à tes papilles pour te rendre compte à quel point son gout est infâme et crache-moi tout sur la gueule. Et utilise le dernier verre comme vomitif en le faisant passer dans ton tube digestif pour te rendre compte à quel point il reste enfoui en toi un tas de merdier quand bien même tu crois être dans un processus de purification quotidien et crache-moi sur la gueule les simulacres fins de ton immondice. Dans cette abstraction de l’ignoble cruauté des idéaux je me retrouve noirci, enseveli de toute la chienlit humaine qui t’aurait traversée et affectée au court de ton existence ; alors que toi en contraste, tu serais seulement tachetée d’ultimes gouttelettes de chocolat sur les recoins de ton menton pour les fois où tu avais expulsé peut-être trop brusquement ton venin. Cela semble injuste peut-être mais l’équilibre n’est pas seulement fait de répartition égale, il est aussi la disproportion : la bascule ultime de la balance. Et nous provoquerons les vases communicants pour enclencher son retour à l’harmonie en métamorphosant le carré abstrait en losange concret d’éclats de verre. Dans une ultime mise en garde portée à l’audience pour ne pas la blesser, tu fracasseras à la russe chaque verre sur le sol en le balançant au dessus de ma tête. En plein dans les bouts tranchants, en évitant d’effacer avec mes roues les flaques de chiasse abstraite j’irai me scotcher solidement sur la tête l’ultime couteau de la mallette pour finir de sectionner les fils et ainsi te libérer de cette prophétie. Nous ne quitterons pas la salle avec sur nos pieds et tètes désespérés sur toutes les strates de nos dermes, tout l’espoir des évolutions, utopies à caution, car tout cela c’est passé ou pas… peut-être entre ici et là l’inconscient. Sur les traces de nos infinis dessinés à l’origine. Au plus loin, porter les lames et atteindre ainsi peut-être l’abstraction ultime : un tendre baiser sur tes lèvres.



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